Ce mercredi 24 septembre, les conducteurs de moto-taxi et autres transporteurs opérant à Bukavu ont dénoncé des pratiques qu’ils qualifient d’extorsions, d’arrestations arbitraires et de saisies de véhicules lors des contrôles routiers effectués par la police relevant de l’administration de l’AFC/M23.
Selon plusieurs témoignages recueillis sous couvert d’anonymat, les contrôles routiers se seraient progressivement transformés en une source de tracasseries quotidiennes pour les professionnels du transport.
Les conducteurs affirment que certaines infractions, notamment le « mauvais stationnement », seraient régulièrement invoquées pour immobiliser leurs véhicules. Certains assurent que même la détention de documents en règle ne les mettrait pas à l’abri des sanctions.
Les chauffeurs rapportent également avoir été soumis à un nouvel enregistrement des véhicules ainsi qu’à des exigences administratives en matière d’assurance dans les zones contrôlées par l’AFC/M23.
D’après les témoignages recueillis, certains conducteurs seraient contraints de verser de l’argent de manière informelle afin d’éviter la mise en fourrière de leurs véhicules.
« Au début, on croyait vraiment qu’ils étaient là pour remettre de l’ordre. Aujourd’hui, même avec tous les papiers, ils trouvent un motif pour t’arrêter. Si tu refuses de payer, la voiture part à la fourrière et il faut parfois 50 ou 100 dollars pour la récupérer », témoigne un chauffeur cité sous anonymat.
Certains conducteurs soutiennent par ailleurs que des véhicules restitués après avoir passé une nuit dans les locaux de la police auraient été retrouvés avec des pièces ou équipements manquants. Ces allégations n’ont toutefois pas pu être vérifiées indépendamment.
Les conducteurs de moto-taxi disent subir des pratiques similaires. Plusieurs d’entre eux rapportent la confiscation de leurs motos lors des contrôles et affirment que certains engins n’auraient pas été restitués.
Des acteurs du secteur des transports dénoncent également ce qu’ils considèrent comme un affaiblissement de la défense des intérêts des chauffeurs et motocyclistes face aux autorités en place.
Un responsable associatif, cité sous anonymat, accuse notamment certains représentants du secteur de ne plus suffisamment défendre leurs membres.
Ces accusations interviennent alors que l’AFC/M23 exerce depuis plusieurs mois une administration de fait à Bukavu. Le 17 septembre 2026, une délégation de l’ONU avait notamment rencontré la coordination politique de l’AFC/M23 dans la ville, autour notamment des questions d’accès humanitaire et de protection des civils.
Le commandement de l’AFC/M23 n’a pas encore répondu aux accusations rapportées par les chauffeurs dans cette affaire.
Pour les professionnels du transport, ces témoignages traduisent une inquiétude grandissante autour de leurs conditions de travail et de la protection de leurs moyens de subsistance dans une ville où le secteur du transport constitue une activité essentielle pour de nombreuses familles.
Assumani Mukendi Abdoul

