Le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a appelé à une profonde remise en question des mécanismes ayant conduit, au fil des années, à la répétition des crises dans le pays. Dans son discours prononcé ce 28 août 2026, le Chef de l’État a estimé que la recherche d’une paix durable ne pouvait plus reposer uniquement sur des arrangements politiques.
« Pourquoi tant d’accords n’ont-ils pas encore produit une paix durable et irréversible ? », s’est-il interrogé, avant d’identifier plusieurs fragilités structurelles qui, selon lui, expliquent la persistance des crises.
Pour Félix Tshisekedi, la première faiblesse réside dans le fait que les crises ont souvent été réglées par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation des institutions de l’État. Il estime que les fonctions peuvent être redistribuées, mais qu’un arrangement politique reste fragile lorsqu’il n’est pas soutenu par des institutions fortes, légitimes et durables.
Le Président congolais a également déploré le caractère parfois trop politique des processus de paix. Selon lui, les populations ont souvent été invitées à soutenir des accords auxquels elles n’avaient pas suffisamment participé.
« Aucun accord ne peut durer s’il n’est pas compris, approprié et défendu par la nation elle-même », a-t-il souligné.
Autre faiblesse relevée par le Chef de l’État : l’insuffisance des mécanismes de suivi des engagements pris. Il dénonce notamment des responsabilités mal définies, des calendriers imprécis, des moyens insuffisamment identifiés et des mécanismes de contrôle trop faibles.
Félix Tshisekedi a par ailleurs reconnu que l’urgence de faire taire les armes avait parfois conduit à reporter le traitement des causes profondes des conflits. Il a également évoqué la situation des victimes, estimant qu’elles ont parfois été appelées à pardonner avant d’être suffisamment entendues, reconnues et réparées.
« Nous avons voulu tourner la page sans toujours l’avoir lue jusqu’au bout », a-t-il déclaré.
« Reconnaître nos faiblesses, ce n’est pas absoudre ceux qui agressent notre pays »
Tout en reconnaissant ces fragilités internes, le Président de la République a tenu à écarter toute confusion sur la responsabilité de l’agression dont la RDC se dit victime.
Il a affirmé que l’introspection nationale ne devait en aucun cas conduire à relativiser l’occupation d’une partie du territoire congolais.
« Reconnaître nos faiblesses, ce n’est pas absoudre ceux qui agressent notre pays. Interroger nos erreurs, ce n’est pas relativiser l’occupation d’une partie de notre territoire », a-t-il martelé.
Félix Tshisekedi a réaffirmé que la RDC considère être victime d’une agression et a dénoncé la présence de forces étrangères ainsi que l’existence de groupes armés imposant, selon lui, des administrations parallèles et exploitant les ressources du pays.
Le Chef de l’État a ainsi réitéré plusieurs exigences de Kinshasa : le retrait complet, effectif et vérifiable des forces étrangères non invitées, la cessation de tout soutien aux groupes armés, le démantèlement des administrations parallèles, le rétablissement de l’autorité de l’État et le retour sécurisé des personnes déplacées.
Dans son adresse, Félix Tshisekedi a également rendu hommage aux Forces armées de la RDC, à la Police nationale congolaise, aux forces de sécurité ainsi qu’aux résistants patriotes Wazalendo engagés dans la défense du territoire national.
Il a salué le courage et le sacrifice de ceux qui ont perdu la vie au front, ainsi que ceux qui portent encore les séquelles physiques et morales des combats.
« À toutes et à tous, la nation exprime son infinie gratitude », a-t-il déclaré.
Revenant sur son approche depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Tshisekedi a défendu le choix de l’ouverture diplomatique, de la consolidation de l’État de droit et du repositionnement de la RDC dans les dynamiques régionales et internationales.
Il a affirmé avoir privilégié la diplomatie tout en maintenant, selon lui, une ligne rouge sur la souveraineté, l’intégrité territoriale et les intérêts fondamentaux du peuple congolais.
Le Chef de l’État a cité notamment les processus engagés à Washington et à Doha, ainsi que les initiatives menées sous l’égide de l’Union africaine, avec l’appui de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies.
Selon Félix Tshisekedi, le processus de Washington porte principalement sur la dimension interétatique du conflit, notamment les engagements de la RDC et du Rwanda et les conditions d’une sécurité régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États.
Le processus de Doha, quant à lui, concerne notamment la cessation des hostilités avec l’AFC-M23, les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire et les conditions nécessaires à une stabilisation durable de l’est de la RDC.
À travers ce discours, le Président de la République entend ainsi inscrire la recherche de la paix dans une approche plus large, combinant diplomatie, renforcement des institutions, responsabilité publique, justice pour les victimes et défense de l’intégrité territoriale de la RDC.
Emmanuel Ndjadi pascal

