Maniema : Patrick Kamombo retrace l’histoire de la presse lors de l’échange devœux de l’UNPC

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À l’occasion de la cérémonie d’échange de vœux couplée à la remise des diplômes de mérite aux « chevaliers de la plume », organisée par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) section du Maniema, le doyen de la presse provinciale, Patrick Kamombo, a livré un exposé magistral sur l’histoire de la presse au Maniema et en République démocratique du Congo.

Journaliste et éditeur du journal Lesula, a articulé son intervention autour de deux axes majeurs : « l’état des lieux de la presse de la R.D. Congo » et « l’état des lieux de la presse du Maniema ».

D’entrée de jeu, Patrick Kamombo a rappelé que « la presse dans notre pays remonte à 1891 par la volonté des colons et religieux étrangers ».

Selon lui, l’évolution de la presse congolaise s’est structurée en trois grandes périodes : l’époque coloniale, la période allant de 1960 à 1990 et celle de 1990 à nos jours.

Pendant la colonisation, a-t-il expliqué, « la presse était le seul apanage des colons et religieux étrangers ». Les populations congolaises ne participaient ni à la production ni à la consommation médiatique structurée, les journaux et radios étant essentiellement tournés vers les intérêts des administrateurs coloniaux.

Abordant la période post-indépendance, l’éditeur de Lesula a souligné que « vers l’indépendance, la presse du Congo belge opéra brusquement à s’approprier jusqu’à devenir finalement une presse de combat ».

Cependant, cette presse « qui vivait aux mamelles des politiciens n’était donc pas autonome », a-t-il précisé.

Durant la période du parti-État, « toute presse était sous tutelle de l’État » et servait essentiellement de « moyen de propagande, une caisse de résonance des idéaux du parti État ».

Malgré son rôle stratégique, la presse congolaise faisait face à « des difficultés d’ordre économique, technique et culturel », limitant son indépendance et sa professionnalisation.

L’avènement du multipartisme dans les années 1990 a marqué un tournant. « La presse a été sérieusement secouée », a-t-il indiqué, évoquant plusieurs tentatives de regroupement des journalistes pour repenser les grandes orientations du paysage médiatique nationale.

1990 à nos jours : précarité et émergence au Maniema

Pour la période contemporaine, Patrick Kamombo a dressé un constat préoccupant : « le journaliste congolais présenté à l’époque comme modèle de la société est devenu l’ombre de lui-même, fragilisé à la fois par la précarité de son emploi ».

C’est toutefois au cours de cette période que la presse du Maniema a véritablement pris son essor.

Historiquement, la province du MANIEMA était couverte par les correspondants de la RTNC-Bukavu dans l’ancien district du Maniema. Après la fermeture de la Radio Maniema à l’époque des provincettes, la dynamique médiatique locale s’est progressivement reconstruite.

Selon l’orateur, l’effectivité de la presse provinciale est liée à l’avènement de la province du Maniema et à l’arrivée de son premier gouverneur, Constant Tchala Munza. Celui-ci s’était fait accompagner d’un cameraman originaire du terroir, Delphin Tchousa Nikoy, devenu par la suite premier chef d’agence de la RTNC au Maniema.

Outre la RTNC, média audiovisuel public, l’Agence congolaise de presse (AEP) s’est également implantée dans la province sous la direction de Moïse Saurin Itonkosa.

Des titres nationaux comme Elima, édité à Kinshasa, et Jura, édité à Bukavu, ont aussi contribué à la couverture médiatique du Maniema.

L’essor des radios communautaires et de la presse indépendante

Un « autre vent », celui des radios communautaires, associatives et confessionnelles, a marqué le paysage médiatique provincial.

Patrick Kamombo a cité notamment la Radio Kindu Fréquence Modélée (KFM), initiée par Alexis Thambwe Mwamba, la Radio Maniema « Nyota ya Asubui » de Kalima, la Radio Sauti ya Mkaaji de Kasongo, ainsi que Gorodo FM. À celles-ci se sont ajoutées plusieurs autres radios disséminées à travers la province.

S’agissant de la presse écrite indépendante, le Maniema a vu naître plusieurs journaux locaux, dont La Gazette Habari, La Petite Opinion et Kambelembele.

L’orateur n’a pas manqué d’évoquer son propre journal : « Puis viendra le tour du journal Lesula, une initiative propre à votre humble serviteur qui vient de réaliser depuis le 13 janvier dernier 12 ans d’existence et qui fait non seulement la fierté de la province du Maniema mais aussi de la République », a-t-il déclaré, soulignant son admission au sein de l’association des éditeurs nationaux.

Toutefois, a-t-il reconnu, plusieurs autres titres lancés après Lesula « n’ont pas fait long feu », illustrant la fragilité économique du secteur.

Clôturant son exposé, Patrick Kamombo a formulé des recommandations à l’endroit de l’autorité provinciale, des partenaires et des professionnels des médias, plaidant pour un accompagnement structuré du secteur afin de garantir son indépendance, sa viabilité économique et le respect de l’éthique journalistique.

Emmanuel NDJADI Pascal

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