RDC: Patrice Emery Lumumba, l’homme à l’incarnation d’un Congo Uni

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Suite à sa lutte noble qui a amené à l’indépendance de la République Démocratique du Congo en 1960, l’ancien premier ministre, Patrice Emery Lumumba demeure à ce jours, l’homme de l’incarnation d’un Congo Uni.

Il avait 35 ans lorsqu’il devint le tout premier Premier ministre du Congo indépendant. À peine 36 ans lorsqu’il fut assassiné.

Entre ces deux dates, Patrice Émery Lumumba incarna à la fois l’espoir d’un peuple longtemps humilié et la crainte d’un système colonial refusant de disparaître.

Patrice Lumumba, de son vrai nom Élias Okit’Asombo, naît le 2 juillet 1925 à Onalua, dans le territoire de Katako-Kombe, dans l’actuelle province du Sankuru.

Issu d’un milieu modeste, il grandit sous le joug du Congo belge, un territoire immensément riche mais profondément exploité, où les Congolais sont privés de droits fondamentaux. Très tôt, il se distingue par son intelligence, sa curiosité intellectuelle et son goût prononcé pour la lecture.

Employé de bureau puis journaliste, Lumumba appartient à cette génération d’« évolués » congolais qui maîtrisent la langue du colonisateur sans jamais adhérer à son idéologie.

Il fait partie de ceux qui comprennent le système colonial de l’intérieur, tout en le contestant fermement.

À la fin des années 1950, alors que le vent des indépendances souffle sur l’Afrique, Lumumba s’engage pleinement en politique. En 1958, il fonde le Mouvement National Congolais (MNC), un parti résolument nationaliste qui rejette le tribalisme et prône l’unité nationale.

Contrairement à de nombreux leaders régionaux, Lumumba s’adresse à tous les Congolais sans distinction. Son discours est direct, parfois brutal, mais profondément sincère. Il ne promet pas des privilèges, il promet la dignité.

Le 30 juin 1960, le Congo accède à l’indépendance. Lors de la cérémonie officielle, le roi Baudouin glorifie l’œuvre coloniale belge.

Lumumba, alors Premier ministre, prend la parole sans y être invité par le protocole. Son discours entre aussitôt dans l’histoire : il évoque les humiliations, les violences et les souffrances subies par les Congolais.

Pour les uns, il s’agit d’un acte de courage historique ; pour les puissances occidentales, d’une provocation politique majeure. Ce jour-là, Lumumba cesse d’être uniquement un chef de gouvernement : il devient un symbole… et une cible.

Mais l’indépendance ne rime pas avec stabilité. L’armée se mutine, le Katanga fait sécession et les ingérences étrangères se multiplient. En pleine guerre froide, Lumumba est perçu comme un dirigeant incontrôlable, trop souverain et trop audacieux.

Rapidement isolé, il fait face à de profondes rivalités internes, notamment avec le président Joseph Kasa-Vubu et le colonel Joseph-Désiré Mobutu. En septembre 1960, il est révoqué, puis placé en résidence surveillée.

Refusant le silence, Lumumba tente de rejoindre ses partisans à Stanleyville (actuelle Kisangani). Il est arrêté, humilié, battu, puis transféré au Katanga.

Le 17 janvier 1961, Patrice Émery Lumumba est assassiné avec deux de ses compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito. Son corps est dissimulé, effacé, comme si l’on voulait faire disparaître jusqu’à son souvenir.

Soixante-cinq ans après sa mort, Patrice Lumumba demeure une figure majeure de l’histoire congolaise et mondiale.

En République démocratique du Congo comme ailleurs, son nom reste associé à la liberté, à la dignité humaine et à la résistance face à la domination étrangère.

D. Kazadi

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