Nord-Kivu: des journalistes en danger, accusés d’espionnage à Beni

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Le métier de journaliste devient de plus en plus risqué dans l’Est de la République Démocratique du Congo. À Beni, dans la province du Nord-Kivu, le climat est tendu. Le journaliste Zachée Mathina est aujourd’hui en fuite, après avoir été publiquement accusé d’« espionnage » par le gouverneur militaire, le général-major Kakule Somo Évariste.

Lors d’une déclaration officielle, le gouverneur a affirmé que Mathina serait venu à Beni pour « l’espionner » avant même son arrivée dans la ville. Il l’a qualifié d’« agent toxique », affirmant que l’échec de sa mission l’aurait poussé à changer de rôle. Des accusations graves, que le journaliste rejette totalement. Depuis plusieurs jours, il vit caché, craignant pour sa sécurité.

Avant ces accusations, Zachée Mathina avait publié des enquêtes dénonçant des détournements de fonds publics et une gestion douteuse des taxes sur les véhicules transportant du carburant, du cacao et du café. Ces révélations auraient pu déranger certaines autorités locales.

Depuis que les rebelles du M23-AFC ont repris la ville de Goma, la méfiance envers les journalistes et les déplacés s’est accentuée. À Beni comme à Kinshasa, certains sont soupçonnés d’être des espions ou même des infiltrés venus du Rwanda. Cette situation crée un climat de peur et d’insécurité pour les professionnels de l’information.

En mars dernier, un autre journaliste, Trésor Kamavu, avait été arrêté à Beni, accusé lui aussi d’espionnage. Il n’a été libéré qu’après un mois de détention, et depuis, il n’a plus quitté la ville, craignant de nouvelles représailles.

Malgré la gravité des faits, aucune réaction forte n’a été enregistrée de la part de l’ UNPC, de Journaliste en Danger (JED) ou d’autres organisations de défense des médias. Les journalistes de Beni se sentent abandonnés, alors que les menaces augmentent en pleine période de conflit.

Rappelons que, dans ce contexte difficile, les professionnels des médias demandent plus de protection, plus de soutien, et surtout le respect de leur droit d’informer. Être journaliste ne devrait pas être un crime. Et informer ne devrait jamais être confondu à espionner.

Emmanuel NDJADI Pascal

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