L’Union Africaine joue-t-elle son rôle de médiation dans différents conflits à travers le continent? En tout cas cette question est loin de trouver une réponse favorable pour certains pays.
De fois la présidence de l’Union Africaine a du mal à asseoir son plein pouvoir dans les conflits qui poussent certains pays à tourner le dos à cette grande institution continentale.
Parfois, on se demande , à qui pouvons-nous encore faire confiance ? Alors que l’Union Africaine était censée incarner la voix collective des nations africaines face aux pressions extérieures, sa présidence actuelle, assurée par João Lourenço, soulève de graves inquiétudes.
Le sommet États-Unis–Afrique à Luanda, présenté comme un événement diplomatique majeur, n’a été qu’un théâtre d’ombres. Derrière les caméras et les discours creux, une réalité dérangeante s’impose, l’Afrique ne gagne rien, ou si peu.
Ce sont les puissances extérieures qui ressortent renforcées.
Cette démarche consistant à faire des concessions aux investisseurs américains concernant le corridor de Lobito entamée par João Lourenço, n’est pas simplement une erreur stratégique, c’est une démarche systématique qui s’inscrit dans une vision dangereuse.
Lourenço ne se contente pas de fragiliser l’Angola. Il instrumentalise la présidence de l’Union Africaine pour imposer à tout le continent une orientation pro-américaine, sans débat, sans consensus, sans alternatives.
La RDC, pays central dans le corridor de Lobito, se voit ainsi enfermée dans un choix unilatéral. Où sont les autres partenaires ? Où sont les options africaines, les propositions sud-sud, les projets portés par les institutions régionales ? Elles sont ignorées.
Et avec elles, la souveraineté africaine est réduite au silence et plusieurs analystes en tirent la sonnette d’alarme.
Certains, comme le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Yusuf, ont encore le courage de dénoncer les mesures discriminatoires imposées par Washington, les restrictions de visas, les tarifs douaniers abusifs, le recul du programme AGOA. Mais ces voix sont isolées. Lourenço, lui, accepte tout.
Aucun sursaut, aucune résistance. Il plaide même pour « ajuster » les clauses du contrat pour plaire à la DFC américaine. À ce rythme, à quoi sert encore l’Union Africaine ?
Ce n’est pas la solidarité africaine qui se manifeste, mais un alignement pur et simple sur des intérêts extérieurs. Pendant ce temps, les véritables acteurs économiques, les investisseurs stratégiques, ont préféré se rendre au Caire, au forum égypto-américain.
Ils n’ont pas cru au discours angolais, ni au climat d’affaires que Luanda prétend promouvoir.
Lourenço a peut-être vendu l’Angola. Mais en tant que président de l’Union Africaine, il vend désormais le continent. Le silence de l’UA, l’absence de vision commune, et le verrouillage du débat ne sont pas des signes de leadership, ce sont les symptômes d’une institution prise en otage.
Alors posons-nous la question de savoir, où est notre voix ? Qui protège encore les intérêts africains ? Quand l’Union Africaine devient un outil d’alignement, plutôt qu’un levier d’émancipation, c’est toute l’idée d’un projet continental indépendant qui vacille.
Derick Kazadi

