Si la rencontre inédite de décembre 2024 à Addis-Abeba entre le Président honoraire de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila et le président du parti politique Ensemble pour la République Moïse Katumbi, à l’allure de Jacob avec Esaü est perçue comme un signe de l’unité entre les frères de l’espace Katanga et une aubaine pour renforcer l’opposition congolaise en crise de leadership au lendemain des élections du 20 décembre 2023, elle suscite par ailleurs tant de questions sur les enjeux et les réelles motivations entre les amis-ennemis d’hier et frères convertis d’aujourd’hui.
Un Joseph Kabila socialiste-démocrate avéré et un Moïse Katumbi républicain affermi, pour quelle recette idéologique ?
En tout cas rien, ils ne verront pas le monde de la même manière dans l’approche politique. Dans le pays de Lumumba, la politique est dynamique en terme d’intérêts et non des convictions.


Les deux opposants qui ont décidé de crier leur indignation au siège de l’Union Africaine au lendemain des festivités du Christ et de la veille de l’an 2025, année charnière au cours de laquelle le Président Félix Tshisekedi s’est résolu de réformer la constitution actuelle, celle qu’il avait pourtant promis de protéger lors de sa prestation de serment le 20 janvier, le duo Kabila-Katumbi ne s’est pas rencontré pour reproduire une réflexion à la Montesquieu sur la politique congolaise, mais en tout cas pour faire un front et combattre le même démon, qu’ils nomment tous : « la dictature du régime en place » orchestrée par l’actuel locataire du palais de la Nation.
Dans le communiqué de presse sanctionnant la rencontre, le bloc Kabila-Katumbi rappelle au régime en place que personne n’est propriétaire du pouvoir et appelle le peuple à la résistance : « personne n’est propriétaire mais locataire du pouvoir, le bail démocratique étant à durée déterminée dans les conditions prévues par la Constitution, ils appellent tous les Congolais à résister activement face à la volonté affichée par le pouvoir en place, de rompre le pacte républicain, fruit d’un large consensus national ayant permis la réunification et la stabilité du pays, ainsi que le rétablissement des institutions démocratiques, au risque d’exacerber les divisions au sein de la population congolaise et d’achever le délitement de notre Nation », a-t-on lu.
Si d’aucuns s’interrogent sur la suite à réserver à cette deuxième rencontre du bloc Kabila-Katumbi ou à la folle idée de voir Kabila marcher demain aux côtés de Moïse Katumbi, Martin Fayulu et d’autres opposants se retrouvent dans les rues du Congo pour exiger le respect de la Constitution.
Le communiqué est formel : » ils expriment leur volonté de poursuivre les contacts entrepris dans les jours qui viennent afin de parvenir à une large mobilisation autour du combat contre la dictature et pour la démocratie ».
Les prochains jours s’annoncent décisifs et prouveront les réelles motivations derrière le bloc Kabila-Katumbi.
Wait and see…
Martin LUNYENGU

