Ebola en Ituri : à Bunia, les mesures barrières se renforcent face à une menace grandissante

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La riposte contre la propagation de la maladie à virus Ebola s’intensifie progressivement dans plusieurs lieux publics de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri. Au marché central, dans certaines universités ainsi que dans plusieurs banques, des dispositifs de lavage des mains et des kits de prise de température sont désormais installés à l’entrée afin de limiter les risques de contamination.

Alors que la République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie d’Ebola, l’Ituri reste l’épicentre de cette nouvelle flambée malgré l’exposition d’autres provinces du pays. La proximité entre Bunia et les foyers ruraux affectés, combinée aux déplacements réguliers de la population, maintient une forte inquiétude aussi bien chez les autorités sanitaires que chez les habitants.

Dans la ville de Bunia, les équipes de la Division provinciale de la santé, appuyées par plusieurs organisations humanitaires, multiplient des campagnes de sensibilisation. Les messages diffusés insistent principalement sur le lavage régulier des mains, l’isolement rapide des cas suspects ainsi que l’évitement des contacts à risque.

Au marché central de Bunia, des seaux contenant de l’eau chlorée sont visibles à plusieurs entrées. Toutefois, l’adhésion de la population reste mitigée. Certains commerçants ignorent complètement les dispositifs installés.

« Beaucoup de gens perdent du temps ici alors qu’on doit vite chercher les clients. Moi, je ne crois pas vraiment à cette maladie », confie un vendeur rencontré au marché central.

D’autres habitants, en revanche, préfèrent respecter les mesures préventives par prudence.

« Même si certains doutent encore, nous devons nous protéger. Le lavage des mains peut nous éviter beaucoup de problèmes », explique une femme venue faire ses achats.

Dans les banques et certaines institutions financières, les règles apparaissent plus strictes. Le lavage des mains et la prise de température sont obligatoires avant tout accès aux guichets. Cependant, une fois à l’extérieur, plusieurs clients reprennent rapidement leurs habitudes sans respect des mesures barrières.

Dans les écoles primaires et secondaires, des kits de lavage sont également maintenus à l’entrée des établissements. Mais selon plusieurs observateurs, les élèves oublient souvent les gestes d’hygiène après quelques heures de cours.

Pour plusieurs habitants de Bunia, le respect des mesures dépend surtout de la présence d’un contrôle à l’entrée des lieux publics.

« Quand il y a des agents pour surveiller, les gens lavent les mains. Mais sans contrôle, chacun fait ce qu’il veut », regrette un jeune étudiant de Bunia.

Face à cette situation, des acteurs communautaires estiment qu’il devient nécessaire de renforcer l’accompagnement de proximité plutôt que de se limiter aux messages de sensibilisation. Ils recommandent notamment la disponibilité permanente des kits de lavage, un suivi régulier dans les espaces publics et l’implication des leaders locaux et religieux.

Pendant ce temps, dans la zone de Rwampara, également touchée par l’épidémie aux côtés de Bunia et Mungbwalu, les autorités coutumières se mobilisent davantage pour freiner la propagation du virus. Selon le chef du groupement Tsere, Batagura Zamundu, au moins 18 cas confirmés sont actuellement pris en charge à l’hôpital de Rwampara.

Le responsable coutumier appelle les églises à renforcer les mesures de vigilance lors des rassemblements religieux afin de réduire les risques de contamination. Il interdit également formellement à la population toute manipulation des corps pendant les cérémonies de deuil, une pratique considérée comme très dangereuse dans le contexte de cette épidémie.

Emmanuel NDJADI Pascal

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