Kinshasa : jusqu’à quand la population sera-t-elle mise en danger par les “départs uniques” de la SNEL ? (Tribune)

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Dans la nuit du 4 au 5 mars, les habitants de Bandalungwa ont vécu des heures d’angoisse. Au-dessus de leurs maisons, des câbles électriques ont pris feu. Des étincelles illuminaient le ciel, des fils brûlaient au-dessus des parcelles et des familles entières ont dû sortir précipitamment de leurs habitations, craignant le pire.

Ce spectacle inquiétant n’est pas un incident isolé. Il est le symptôme d’un désordre devenu presque banal dans la distribution d’électricité à Kinshasa.
Aujourd’hui, dans plusieurs quartiers de la capitale, les rues sont envahies de câbles aériens tirés de manière improvisée d’une parcelle à une autre.

Ces installations, connues sous le nom de « départs uniques », ressemblent davantage à un bricolage dangereux qu’à un réseau moderne de distribution électrique. Elles transforment les quartiers en véritables toiles d’araignée électriques suspendues au-dessus des habitations.

Pourtant, ceux qui ont grandi à Kinshasa peuvent en témoigner : ce phénomène n’existait pas autrefois. Le réseau, bien que déjà fragile, n’exposait pas les habitants à ce niveau de danger permanent.

Aujourd’hui, la question n’est plus seulement celle de l’accès à l’électricité. Elle est devenue une question de sécurité publique.

Plusieurs interrogations méritent des réponses claires de la part de la Société Nationale d’Électricité :
Quel pourcentage des recettes de la SNEL provient réellement de ces fameux « départs uniques » ?
Ces raccordements sont-ils officiellement autorisés et encadrés par la direction de l’entreprise ?
Les montants payés par les habitants pour ces branchements entrent-ils réellement dans les caisses de l’entreprise publique ?
Ou servent-ils plutôt à enrichir certains individus dans l’ombre du système ?

Car pendant que certains pourraient tirer profit de ce désordre, la population, elle, vit sous une menace permanente. Les transformateurs explosent, les câbles brûlent, les pannes se multiplient et les installations électriques deviennent de plus en plus instables.

Le problème fondamental de la SNEL ne se limite pas à la production d’énergie. Il réside aussi, et surtout, dans la faiblesse et le chaos qui caractérisent aujourd’hui la distribution. Les transformateurs sont constamment surchargés par des branchements anarchiques, fragilisant l’ensemble du réseau.
Même les abonnés qui paient régulièrement leur courant prépayé subissent les conséquences de ce système désorganisé.
Pendant ce temps, la ville de Kinshasa continue de se transformer. Les immeubles poussent partout, parfois sans que la capacité électrique des quartiers ne soit adaptée à cette nouvelle demande. Les propriétaires de ces constructions déclarent-ils réellement à la SNEL l’augmentation de leur consommation ? La capacité des cabines est-elle réévaluée pour supporter ces nouvelles charges ?

Sans planification, sans contrôle et sans modernisation du réseau, le système devient une bombe à retardement.
La population de Bandalungwa, et plus largement celle de Kinshasa, mérite des réponses :

  • Qui autorise ces installations dangereuses ?
  • Qui contrôle réellement ces raccordements ?
  • Qui encaisse l’argent payé par les citoyens pour ces branchements ?

L’électricité ne doit jamais devenir un piège mortel suspendu au-dessus des maisons des citoyens.

Il est urgent que la Société Nationale d’Électricité assume pleinement ses responsabilités, assainisse son réseau et mette fin aux pratiques qui transforment les quartiers de Kinshasa en zones à haut risque électrique.

Car la question demeure, et elle devient chaque jour plus pressante :

Faudra-t-il attendre une catastrophe pour que les choses changent enfin ?

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