Du 1er février 2017 au 1er février 2026, neuf ans jour pour jour se sont écoulés depuis la disparition d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, opposant historique aux différents régimes qui ont dirigé la République démocratique du Congo. Il s’est éteint en Belgique des suites d’une embolie pulmonaire, à l’âge de 84 ans.
Né le 14 décembre 1932 à Luluabourg, l’actuelle ville de Kananga, Étienne Tshisekedi fait son entrée dans l’administration congolaise en 1960. Il devient membre du Collège des commissaires généraux en qualité d’adjoint au commissaire chargé de la Justice, Marcel Lihau. Il est ensuite nommé recteur de l’École nationale de droit et d’administration (ENDA) entre 1961 et 1965, avant d’intégrer le gouvernement issu du coup d’État de Mobutu comme ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières.
Co-rédacteur du Manifeste de la N’sele aux côtés de Justin Bomboko, Victor Nendaka Udjulu et Mobutu, texte fondateur du Mouvement populaire de la révolution (MPR), lequel deviendra plus tard parti unique et parti-État, Étienne Tshisekedi finit par rompre avec le régime mobutiste en décembre 1980.
En 1982, il fonde l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) avec treize parlementaires. Surnommé le « Sphinx de Limete », il entame alors un long calvaire politique sous le régime de Mobutu. Participant à la Conférence nationale souveraine, il occupera à deux reprises le poste de Premier ministre.
Opposant farouche à l’avènement du pouvoir de Laurent-Désiré Kabila puis de son successeur Joseph Kabila, le président de l’UDPS boycotte l’élection présidentielle de 2006 avant de se porter candidat en 2011. Arrivé officiellement en deuxième position derrière Joseph Kabila, il rejette les résultats qu’il qualifie de frauduleux et revendique sa victoire. Se considérant président élu, Étienne Tshisekedi prête serment à sa résidence de Limete.
Affaibli par la maladie, il quitte la RDC en 2014 pour des soins médicaux en Belgique. Il regagne le pays en 2016 et joue un rôle majeur dans le dialogue politique conduit sous l’égide de la CENCO. Il retourne ensuite en Belgique, où il décède le 1er février 2017.
Père biologique et idéologique de l’actuel président congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Étienne Tshisekedi demeure, aux yeux de nombreux Congolais, l’un des pères fondateurs de la démocratie en RDC. Toute sa vie, il a milité sans relâche pour l’avènement de l’État de droit, portant une vision de la gouvernance résolument centrée sur le citoyen, résumée par son credo devenu emblématique : « Le peuple d’abord ».
Neuf ans après sa disparition, la nation oscille entre le regret d’avoir perdu une figure intellectuelle et politique majeure, véritable tête pensante de l’opposition congolaise, et les interrogations persistantes sur la continuité et la gestion de l’héritage de son combat. À ce jour, l’opinion publique s’interroge : son idéal a-t-il été fidèlement porté, ou s’est-il dilué face aux réalités du pouvoir ?
Martin Lunyengu

