Idjwi en péril: l’exploitation du sable menace l’île de disparition

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De Ntambuka à Rubenga, l’île d’Idjwi vit une lente agonie. L’exploitation anarchique du sable, ressource naturelle longtemps considérée comme un levier de développement, devient aujourd’hui le principal facteur de destruction de l’environnement, des infrastructures et de l’écosystème local. La société civile tire la sonnette d’alarme.

Le samedi 13 septembre dernier, la société civile du groupement Mpene, en chefferie Ntambuka, a interpellé les autorités sur la situation critique du pont Kisheke. Cette infrastructure, qui relie les chefferies de Ntambuka et Rubenga, est menacée d’effondrement en raison de l’exploitation intensive du sable dans ses environs. « Ce pont acquis grâce aux efforts de l’association ADEKIL est aujourd’hui menacé par certains particuliers à la recherche de leurs intérêts égoïstes », dénonce Amos Buyeye, président de la société civile Forces vives du groupement Mpene dans un entretien avec le reporter de kinpressactu.cd.

Des exploitants informels s’installent dans tous les coins du territoire, provoquant glissements de terrain, érosions, destruction des champs et effondrement des routes. La biodiversité locale est également mise en péril, tandis que les autorités semblent dépassées.

Face à cette situation, l’administrateur du territoire, Mamboleo Moustapha, avait pris une décision le 16 mai 2024 pour suspendre l’exploitation du sable. Il dénonçait la désorganisation du secteur, la dégradation des terres arables et le non-respect des textes légaux.

Mais cette mesure n’aura été qu’un répit de courte durée. Le 28 mai de l’an passé, lors d’un conseil de sécurité élargi, les exploitants regroupés au sein de l’ATFMC ont promis de se conformer aux lois. L’administrateur leur a alors accordé un délai de 60 jours pour régulariser leur activité.

Une décision vivement critiquée par Steve Kasagwe Chajingi, chef de bureau du SAEMAPE Idjwi ce dimanche, qui dénonce la « fourberie » de l’ATFMC. Il rappelle que seules les coopératives minières agréées sont autorisées à exploiter les substances minérales, conformément au Code minier et à son règlement.

Olivier Mayanga, président de l’ATFMC, rejette toute accusation « Nous ne sommes pas exploitants, plutôt les armateurs. »

Mais alors, qui portera la responsabilité de la destruction progressive de l’île d’Idjwi? La question reste entière.

La société civile, les autorités coutumières, les intellectuels et les leaders politiques sont appelés à se mobiliser. L’État congolais, à travers ses ministères sectoriels et ses services techniques, doit prendre des mesures urgentes pour préserver l’environnement et les infrastructures de l’île. « Le sable devrait être une richesse pour les générations futures, pas un poison lent », affirme cet activiste de droit de l’homme.

Notons que, Parmi les infrastructures menacées figurent aussi les ponts Chibalanganano, Mwiri, Karhulo et Kishasha. Si rien n’est fait, Idjwi risque de sombrer dans un désastre écologique et humain silencieux.

Emmanuel NDJADI Pascal

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